23 mars 2008

LA NUIT NOUS APPARTIENT de James GRAY - 2007 - Etats-Unis

Depuis le début de sa carrière dans le long métrage avec Little Odessa en 1994, James Gray ne cesse de creuser opiniâtrement le sillon du polar noir où les éruptions de violence physique, sèche, âpre et brutale, viennent suturer les scènes d'affrontements psychologiques, comme la ponctuation rare mais solennelle d'une élégie. Des films définitivement sombres et graves, lyriques sans pathétisme outrancier et artificiellement larmoyant, de véritables tragédies cinématographiques qui envisagent les dysfonctionnements de la cellule familiale (le grand thème de Gray, les fondations sur lesquelles se bâtit son oeuvre) comme autant de métaphores de problématiques plus universelles.

En seulement trois films, Gray s'est déjà forgé une réputation de maître du genre qui impressionne, surtout quand on sait qu'il a à peine 40 ans, et qui explique les castings hallucinants qu'il réussit à réunir (Tim Roth, James Caan, Robert Duvall, Mark Wahlberg, Charlize Theron, Faye Dunaway, Vanessa Redgrave, Joaquin Phoenix,...).

Son dernier effort, We Own The Night, tire son titre d'une inscription présente sur le badge d'une unité d'élite de la police de New-York et surprend par la capacité de Gray à ne jamais se répéter alors même que ses films sont thématiquement, formellement et narrativement très proches les uns des autres. Mais le cinéaste a compris que le secret de la réussite se situe dans un cinéma « à hauteur d'homme » : ce n'est pas tant ce qui arrive qui importe, mais à qui, et comment il y fait face. En collant au plus près de ses personnages, en traquant leurs émotions particulières, leurs réactions singulières d'un objectif impitoyable mais jamais moralisateur, il peut se permettre de réinvestir des thèmes qui lui sont familiers ( la culpabilité par exemple) sans risque de tourner en rond, en enrichissant même de mille nuances ses réflexions. La direction d'acteurs est donc sans aucun doute le point fort de Gray, il sait obtenir d'eux des moments d'une intensité dont l'impact, qui se lit sur leur visage au-delà du masque de l'acteur, laisse peu de doute sur leur implication totale et la richesse de leurs performances. D'autant qu'il sait aussi se servir d'une caméra et magnifier les interprétations par une photographie de plus en plus somptueusement monochromatique, qui achève de le rapprocher d'un Clint Eastwood.

Mais Gray paie aussi son tribut aux incontournables Coppola et Scorsese (la scène d'introduction du personnage de Joaquin Phoenix est scorsesienne en diable, tout comme Phoenix lui-même, dont la ressemblance avec le Ray Liotta des Affranchis est frappante; les racines des scènes entre les deux frères sont quant à elles à chercher du côté du Parrain) sans pour autant s'embourber dans la déférence ou rester paralysé par le poids de cet héritage. Car il possède une vision singulière, faite d'obsessions lancinantes et de zones d'ombres rampantes, qui confère à ses films une identité unique, une saveur spécifique qui les rend aussi immédiatement identifiables que ceux d'Abel Ferrara. Bref, plus qu'un habile artisan, James Gray est un auteur à part entière...

Posté par bonnie_and_clyde à 15:06 - - Commentaires [0] - Permalien [#]


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