26 février 2008

JOHN RAMBO de Sylvester STALLONE – 2007 – Etats-Unis

 


Icône de années 80 et du reaganisme triomphant, John Rambo aura collé à la peau de Stallone autant que Rocky Balboa, son autre création-phare. Tout comme «l'étalon italien», Rambo a eu un tel impact qu'il s'est vite retourné contre son interprète, le coinçant dans un registre fort limité et brouillant la frontière entre personnage et acteur, dans un fâcheux remake de la relation Clint Eastwood/Inspecteur Harry. Et comme il avait clos avec émotion et réflexivité la geste de son boxeur symbole de l'American Dream et du cauchemar qui s'ensuit, Stallone se propose d'achever la saga de notre Viet-vet préféré sur un accord sombre et définitif.

Nerveux et sans compromis, le film est à l'image de son scénario : simple mais efficace. Cadré avec un sens de l'équilibre sans faille entre iconisation et efficience de la narration, le métrage ne souffre que d'une gestion brouillonne de l'espace, prouvant que Stallone n'est tout de même pas McTiernan. 1H20 sans le générique de fin, autant dire que y'a pas de gras. Pourtant le film tache sévère, du sang, des tripes et de la boue. Les scènes de guerre sont parmi les plus hallucinantes jamais filmées et hissent l'armée birmane au rang des pires ordures du cinéma (malheureusement, ça n'en est pas que, du cinéma...). Stallone a su profiter des recherches de Spielberg et Gibson, entre autres, et court-circuite d'emblée (la séquence d'intro composée d'images d'archives) l'ambiguïté inhérente à tout film de guerre (qui plus est estampillé « Rambo »). Sa vision de la guerre est ultra-réaliste jusqu'à l'insupportable. Le message est clair, identique à celui de Spielberg dans son terrassant Munich et énoncé aussi limpidement, et c'est pour ça que Stallone sera lui aussi traité de naïf simpliste : la violence engendre la violence et les idées les plus nobles ne protègent pas du réel.

A cet égard, Stallone revient à la source du personnage : fini le porte-étendard d'un bellicisme anti-communiste, revoici la machine à tuer, le guerrier impitoyable mais profondément traumatisé, hanté par l'atroce vérité qui gît au plus profond de lui, le torturant, le rongeant, et qui explosera dans cet aveu couronnant un formidable montage des scènes traumatiques des précédents épisodes : « je n'ai jamais tué pour mon pays, j'ai toujours tué pour moi... ».

Le dernier plan, aussi discret dans son lyrisme que bouleversant dans son évidence, est l'un des plus beaux adieux cinématographiques que le cinéma de genre US nous ait donné. L'un des plus inattendus, aussi (remember Rambo III...). Donc l'un des plus admirables...

Posté par bonnie_and_clyde à 01:13 - - Commentaires [7] - Permalien [#]


Commentaires sur JOHN RAMBO de Sylvester STALLONE – 2007 – Etats-Unis

    salut à vous deux! je souhaite longue vie à ce blog dont les critiques brillantes me rappellent qu'un cinéma peut en cacher un autre et que derrière une petite femme peut se cacher un grand homme...(ceux qui connaissent nos amis comprendront ma boutade! ) A très bientôt et sachez que vous avez une lectrice assidue à vos côtés. BISES;

    Posté par moumoune, 26 février 2008 à 20:45 | | Répondre
  • Moumoune: Merci pour les encouragements et les compliments. Quant à notre talent, c'est vrai qu'il est immense, mais il n'est rien en comparaison de celui de nos lecteurs... ( oh le faux-derche!)

    Posté par Clyde, 27 février 2008 à 14:05 | | Répondre
  • Oh! Moumoune!
    Alors là, ça fait bien plaisir de te lire par ici.
    Et je suis sure que Clyde t'a donné super envie de voir Rambo en action!

    ...

    ah ah ah!

    Posté par Bonnie, 27 février 2008 à 19:19 | | Répondre
  • Chers gangsters cinéphiles,
    Je dois avouer que je n'ai jamais regardé un seul Rambo. Parceque pour moi Stallone c'est Rocky (et un poil Cliffhanger de la montagne). D'ailleurs histoire de rester dans le registre, je vous conseille le livre "Stallone" d'Emmanuèle Bernheim, c'est vite lu et assez percutant comme un crochet droit, pouf, pouf, aaaadrienneuh et tout.
    Bien à vous,
    luria

    Posté par luria, 28 février 2008 à 11:59 | | Répondre
  • Luria : c'est vrai que Stallone est l'un de ces acteurs totalement indissociables d'un rôle marquant, en l'occurrence deux: Rocky et Rambo, et s'il a lui-même pu jouer sur cette confusion par le passé pour assoir sa renommée, il doit aujourd'hui s'en mordre les dents ( comme disait Coluche) car au fil des années et la qualité des films déclinant, il a fini par perdre toute crédibilité en même temps que ses personnages ( voir le Rambo 3 ultra Z et moralement et politiquement douteux, ou Rocky 3 & 4). Pourtant Rambo 1 est une authentique réussite dans le domaine du film post Viêt Nam: analyse pertinente de la situation à l'époque pour les vétérans et dimension humaine sont privilégiées... Rocky 1 est aussi un bon film, peut-être plus caricatural, mais une vision pertinente car non simplificatrice de l'American Dream.
    Mais les suites sont dispensables!!! (à l'exception donc des épisodes finals ou finaux, selon ces messieurs de l'Académie.

    Posté par Clyde, 29 février 2008 à 01:47 | | Répondre
  • Halala, Stallone, mon idole des années 80-90... Qu'est ce que j'ai pu mettre comme fric dans les Cinéfix, Cinéstar et autres magazines hors-série à 35F qui parlaient de mon héros dans Rocky, Cobra . Je crois que j'ai arrêté de le suivre à partir de Tango & Cash et Demolition man... Par contre, j'ai toujours eu du mal avec Rambo. Tu dis que celui là est bien ? Je peux y aller de ta part ?

    Posté par jerome, 29 février 2008 à 16:47 | | Répondre
  • Jerome : oui c'est bien à condition d'être bien conscient des spécificités du personnage et de son créateur, et de ne s'attendre ni à du Terrence Mallick ni à du Elem Klimov...

    Posté par Clyde, 29 février 2008 à 18:22 | | Répondre
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